Louise : Jacques est mort.
Lucie recula d'un pas.
Lucie : (avec une voix faible) Quoi ?
Son ventre se contracta.
Lucie : Il est...
Elle s'arrêta en plein milieu de sa phrase pour regarder Louise, presque suppliante.
Louise : Je suis désolée, Lucie...
Louise s'approcha d'un pas mais Lucie recula encore.
Lucie : Je...Il faut que j'y aille.
Et sans un autre regard, la jeune fille s'en fût. Elle sortit de la maison et attrapa sa bicyclette. Elle pédala encore et encore pendant ce qui lui sembla être des heures entières. Elle n'arrivait pas à réfléchir tant elle était en colère. Contre Philipp. Contre les Allemands. Et contre tous ces français. Ceux qui ne disaient rien et qui se contentaient d'acquiescer à l'horreur et à la mort. Mais le pire était la colère qu'elle éprouvait contre elle-même, le mépris qu'elle ressentait à son propre égard. Être amoureuse d'un des leurs, d'un Boche...Amoureuse. Elle sentit la honte lui monter aux joues. Et Jacques...Il ne pouvait pas...Pas lui. Pas comme ça. Plongée dans sa douleur, elle ne vit pas la berline qui arrivait de l'autre côté de la route et qui manqua de la renverser. Elle voulut s'arrêter dérapa sur le côté. L'auto se stoppa tandis que Lucie tentait de se relever tant bien que mal, complètement déboussolée. Un homme en uniforme vert sortit de la voiture et s'approcha de la jeune fille. Celle-ci avait les yeux dans le vague et le vit à peine.
L'homme : Vous allez bien, mademoiselle ?
Lucie tourna la tête et réprima une grimace. Il avait les mêmes yeux que Philipp, le même accent. Le même uniforme. Elle ne put répondre et se contenta d'hocher la tête, un air hébété fixé au visage. Il l'observa un instant, lui demanda ses papiers. Elle lui tendit les faux que son père avait fait faire quelques temps auparavant. « Pas la peine de prendre des risques inutiles. » Avait-il déclaré.
L'homme : (En souriant.) Tenez, Marguerite.
Lucie se saisit des papiers sans adresser un regard à l'Allemand. Celui-ci remonta bientôt dans sa berline noire. Après s'être assurée qu'il ne pouvait plus la voir, Lucie s'effondra sur la route et se laissa pleurer. Malgré ce qu'elle s'était promis. Elle avait cru pouvoir tout surmonter. Après l'arrestation de sa mère, elle s'était répétée qu'elle était forte, que plus rien ne pourrait l'atteindre. Ils lui avaient déjà tellement pris...Mais c'était faux, elle n'était pas forte. Du moins, elle ne l'était plus. Elle avait trop mal. Elle avait trop souffert, trop gardé pour elle, trop renoncé à ses valeurs. Elle avait tiré sur des hommes, bon sang ! Dernièrement, elle avait ressenti des sentiments qu'elle ne connaissait pas et qu'elle ignorait pouvoir éprouver un jour avec une telle puissance. De la haine, d'abord. À un degré étouffant. De l'amour, du désir, de l'espoir, de l'abandon. Mais à présent, elle se sentait atrocement vide. Il n'y avait plus d'espoir. Jacques était mort. Il ne reviendrait pas. Elle ne le verrait plus sourire. Et, pire, il ne lui enverrait plus ses regards pleins de confiance en l'avenir. Il n'embrasserait plus Marie dans un rire étouffé. Lucie se releva brusquement, soudain lucie.
Lucie : (En s'essuyant les joues.) Marie...

