Août 1942, Toulouse.
Lucie finissait de déposer les couverts sur la table de la salle à manger. Louise vint déposer un bouquet de fleurs au milieu des assiettes. On entendait le léger grésillement du poste de radio en fond sonore. Jean apparut dans l'escalier, vêtu d'une simple chemise et d'un pantalon de coton. Il embrassa sa fille sur le front puis posa sa main sur l'épaule de sa belle-fille.[/i]
Jean : Comment te sens-tu ?
Louise : Mieux, merci.
Jean : Tant mieux.
La porte de la cuisine s'ouvrit alors avec fracas. Tous se précipitèrent dans la cuisine pour voir ce qu'il se passait. Un Antoine tout sourire était étalé sur le carrelage. Louise se précipita vers lui.
Louise : Mon dieu ! Ca va ?
Antoine : Oui, oui. J'ai juste oublié la marche dans l'excitation.
Lucie : Dans l'excitation ? Quelle excitation ?
Il sortit sa main de sa veste, victorieux. Un sac de plastique était suspendu à ses doigts. Tous le regardèrent sans comprendre.
Antoine : (en ouvrant le sac.) C'est du b½uf ! Un rôti !*
Jean : C'est pas vrai ! Comment as-tu fais pour l'avoir ?
Antoine : C'est Jojo, l'assistant du boucher, qui me l'a filé. Il me devait bien ça. J'ai fais passé sa femme et son fils en Suisse** le mois dernier.
Lucie : J'y crois pas ! On a de la viande !
Elle s'empressa d'aller arracher le sac des mains de son frère afin de préparer le rôti avant l'arrivée des invités. Une vingtaine de minutes plus tard, trois coups furent portés sur la porte de chêne qui donnait sur l'entrée de la demeure. Jean alla ouvrir.
Jean : Jacques ! Ravi de te revoir !
Jean s'adressa ensuite à la jeune femme qui se tenait au côté de Jacques.
Jean : Vous devez être Marie.
Marie : Oui, c'est moi.
Jean : Enchanté de vous rencontré. Enfin.
Il sourit au couple. Marie lui rendit son sourire.
Marie : Moi de même.
Jean invita les deux jeunes gens à aller s'installer dans la salle à manger. Lucie les rejoignit et salua chaleureusement Jacques avant de se tourner vers Marie.
Jacques : Je vous présente ma fiancée, Marie.
Lucie : Enchantée, je suis Lucie.
Jacques : (malicieux) Lucie ? Vous m'aviez dit Lorraine.
Lucie secoua la tête en souriant.
Lucie : Lorraine, c'est pour le « travail ». Je préfèrerais tout de même que vous continuiez à l'utiliser lorsque nous ne sommes pas en privé.
Jacques : (s'adressant à Marie.) Lucie nous...aide. Pour faire passer des messages principalement.
Marie : Ah. J'avoue que j'avais un peu de mal à suivre. (Après un court silence.) Vous devez être vraiment courageuse pour vous risquer dans de telles missions. Je vous admire.
Lucie : On pourrait peut-être se tutoyer ?
Marie : J'aimerais beaucoup. Peut-être, pourrions-nous aussi nous voir certains après-midi pour discuter ou nous promener. Nous sommes arrivés ici il y a quelques mois, avec Jacques, et je ne connais personne. Je m'ennuie à mourir, toujours toute seule à ne rien faire. Et cela me culpabilise quand je me dis que d'autres se battent et meurent dehors.
Lucie : (Avec un sourire.) Ca ma plairait beaucoup.
Ils passèrent à table et dévorèrent avec délice le rôti de b½uf. Il se révéla que Marie, Louise et Lucie s'entendaient très bien. Ainsi que Jacques et Antoine. Jean appréciait aussi beaucoup Marie qui était la joie de vivre incarnée. Lucie et Louise entreprirent de débarrasser la table, avec l'aide d'Antoine pendant que Jacques, Jean et Marie allèrent s'assoir au salon. Louise alla y déposer un saladier plein de fraises que Lucie et elle avaient cueillies le matin même. Ils reprirent les conversations, parlant peu de la guerre et beaucoup du temps. A 15h, Jean se leva et alluma le poste de radio qu'il brancha sur la fréquence de la BBC***. C'était l'heure des messages. Tous se turent. Des messages quelconques annonçant la bonne arrivée de jeunes hommes à Londres furent diffusés pendant dix minutes. Et, alors que Lucie allait éteindre la radio, pensant qu'aucun des messages attendus par la résistance ne serait diffusé, Antoine l'arrêta dans son geste.
Le présentateur : « Jubilé est arrivée ce matin.». Je répète « Jubilé est arrivée ce matin. »
Antoine regarda son père, puis se tourna vers Jacques. Ils semblaient soucieux, et un sourire crispé se dessina peu à peu sur chacun de leurs visages.
Jean : Ah ! Ils l'ont enfin fait !
Jacques : J'avoue que je n'y croyais plus.
Lucie, Louise et Marie les regardaient sans comprendre.
Lucie : Qu'est-ce qu'ils ont fait ?
Les trois hommes se regardèrent.
Lucie : C'est bon, j'suis avec vous, je vous rappelle. Et Louise et Marie sont pratiquement mariées à des résistants, alors ça m'étonnerait qu'elles soient collabos. (Court silence.)Alors que se passe-t-il ?
Jean : Les Alliés ont débarqué ce matin.
Lucie : (abasourdie.) Quoi ?
Jacques : Jubilé, c'est le nom de l'opération. Ils sont arrivés à Dieppe.
Antoine : Je croyais que Churchill**** n'était pas d'accord.
Jean : Roosevelt***** a dû le convaincre. Il fallait faire quelque chose de toute façon. Les allemands sont partout.
Marie : Mais pourquoi vous faites cette tête là ? C'est bientôt fini, alors ?
Jacques : Je ne pense pas. Cela s'est décidé trop rapidement. C'est pas net.
Antoine : Je suis d'accord. Il faudra réécouter ce soir. Putain, j'espère qu'ils n'ont pas fait de conneries !
Louise lui attrapa la main et la serra entre les siennes. Elle lui sourit.
Louise : De toute façon, je ne vois pas ce qui pourrait être pire qu'aujourd'hui. Et puis, ton père a raison. Ils devaient faire quelque chose.
Antoine : Ouais...
Il lança un regard inquiet à son père. Ils savaient tout les deux que si cette opération se révélait être un désastre, cela pourrait être déterminant pour la fin de la guerre. Et pas dans le bon sens. Lucie surpris l'angoisse dans les yeux de son père. Celui-ci lui sourit. Mais elle n'était pas dupe et son sourire semblait terriblement faux.
* : Pendant la guerre, il y avait d'énormes restrictions au niveau de la nourriture et certains aliments, la viande notamment, étaient extrêmement rares et chers.
** : Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Suisse reste totalement neutre. C'est dons l'endroit rêvé pour vivre lorsque l'on est hors-la-loi. Surtout quand le reste de l'Europe est inaccessible. ( Italie fasciste sous la dictature de Mussolini, Espagne sous la dictature de Franco, Angleterre très contrôlée par les nazis,...)
*** : La BBC est une radio anglaise qui a joué un rôle prépondérant durant la guerre. Notamment, elle a permis de faire passer énormément de messages entre les résistants de la France Libre, dirigés par De Gaulle et installés en Angleterre, et la Résistance Intérieure.
**** : Churchill (1874-1965)était le premier ministre anglais de l'époque.
***** : Roosevelt (1882-1945) était le président des Etats-Unis à l'époque.
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Que puis-je dire, si ce n'est merci ?? Et encore désolée pour le manque de MAJ. Je parle ici du débarquement de Dieppe du 19 août 1942. Je vouslais aussi ajouté que, à part si je précise le contraire, les messages codés sortent tout droit de mon imagination.
Marie -> Elodie Navarre.
Bisous à tous.
Clémence.
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