Lucie marcha longtemps. Il faisait nuit noire mais elle n'avait pas peur. Elle connaissait ces terres par c½ur. Ces sentiers, ces champs, ces forêts, elles les avaient parcourus des milliers de fois sous la pluie, la neige, le vent ou la nuit. Elle avait froid mais s'interdisait d'y penser. Elle s'appuya à un arbre et se laissa glisser contre lui. Lorqu'elle heurta le sol, elle sentit la poussière de la terre sous ses mains. Cela faisait des semaines qu'il n'avait pas plu. Les forêts étaient sèches, tout comme ses joues. Elle n'avait laissé couler aucune larme depuis des mois. Onze exactement. Depuis ce jour où ils lui avaient enlevé sa mère. Ce jour même où elle s'était vidée de toute eau voyant ces monstres. Et où, devant leur dureté, elle avait ravalé ses larmes et s'était promis que jamais plus, elle ne laisserait paraître une telle faiblesse devant eux. Jamais plus.L'orage gronda et la pluie ravagea ses cheveux. Lucie ferma les yeux, et malgré elle, malgré sa volonté et sa colère, malgré sa force et sa rage, les larmes dévalèrent ses joues, rongèrent son visage et dévorèrent ses yeux. Elle laissa échapper un sanglot et s'écroula. Sa tête heurta le sol. Alors, des images lui revinrent par centaines, des images de souffrance, de pleurs, de douleur et de désespoir. Lucie remua et tenta de se défaire d'une emprise invisible. Elle cria à plusieurs reprises et tapa le sol du poing. Elle ne voulait en aucun cas revivre ce cauchemard. Ce cauchemard... qui était réalité. Elle sentit sur ses lèvres le goùt salé de ses larmes et ne résista plus, elle laissa ses souvenirs emplir sa tête et, brusqument, elle ne vit plus rien.